mercredi 19 novembre 2008
BD: le Grand pouvoir du Chninkel (par Rosinski-Van Hamme)
Pas de ciné aujourd'hui, je n'y suis pas allée ce weekend, mais un petit tour du côté de ma bibliothèque... enfin celle de mon mari plutôt! J'ai pu lire pendant mon repos forcé d'il y a deux semaines, Le grand pouvoir du Chninkel, bande dessinée par Rosinski et Van Hamme.
Ce grand classique de la BD narre les aventures d'un chninkel, J'on, sorte de lutin (certains pourraient y voir un hobbit), rescapé d'une guerre que se livrent depuis des temps immémoriaux ceux qu'on nomme les Trois Immortels. Dans cette lutte éternelle et sans merci, le peuple Chninkel tient le plus mauvais rôle: tantôt chair à canon tantôt forçats. J'on échappe un jour à sa condition et à une mort certaine par le biais d'une apparition divine, une étrange pierre noire flottant dans les airs. Elle lui confie une mission, celle de sauver son peuple, lui attribuant au passage le Grand pouvoir dont J'on ignore complètement la nature...
Le grand pouvoir du Chninkel, c'est en fait un gros "mix" entre 2001 l'odyssée de l'espace et... la Bible ! Le tout avec des accents très empruntés à la fantasy de Tolkien, sans conteste l'un des précurseurs avec le Silmarillion et le Seigneur des Anneaux. Il y a la même tentative de recréér un univers avec son propre mythe, précédant l'histoire moderne de l'Homme. Le récit oscille entre le philosophique et l'action, avec une pointe d'humour et du grivois. L'univers visuel est riche et excentrique, la maîtrise totale. Cependant, je suis restée sur ma faim. Pour moi, même si dans l'ensemble, tout à l'air fantasque, dans le fond, je n'y ai vu rien de très neuf, mais il faut dire que la BD date de 1988 donc il faut peut-être la replacer dans le contexte de la BD de l'époque.
C'est parfois beaucoup trop calqué sur la Bible à mon goût, et le simple fait de ne pouvoir détacher la bande dessinée de cette oeuvre-là est pour le moins problématique. De plus, je ne vous cache pas que la fin est relativement sombre, négative; réaliste? Je ne saurais dire, mais c'est là que la vision apportée par l'auteur me semble la plus détachée. Pour y trouver un quelconque sens positif, il faut voir plus loin que la fin du récit et prendre l'histoire dans son ensemble, en tenant compte de notre propre époque et du film de Kubrick cité ci-dessus. Cela reste une bande dessinée à lire, parce que l'approche reste intéressante, mais comme certaines bandes dessinées, j'ai trouvé que l'exercice de style était plus avantageux dans le dessin que dans le scénario, malgré la richesse de celui-ci.
A noter que Rosinski-Van Hamme sont célèbres pour leur collaboration à la série Thorgal (depuis les deux derniers tomes, Van Hamme a cédé sa place à Yves Sente).
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Pour continuer dans la BD, j'ai appris par le biais du blog de Biche qu'un autre blog, Mon beau sapin, peut faire gagner à plein d'enfants de familles modestes, la possibilité d'avoir un cadeau de Noël, et chacun de nous peut y participer. Il suffit de se rendre sur le blog tous les jours afin de visualiser les créations BD diverses d'auteurs différents. De nombreux artistes se relaieront pendant plusieurs semaines et le nombre de visiteurs uniques déterminera la somme dédiée aux cadeaux. Une belle initiative et originale avec ça! :) N'hésitez pas à y faire un tour et à en parler autour de vous!
Bonne journée, et merci encore pour les commentaires.
samedi 5 juillet 2008
Le Troisième testament, par Xavier Dorison et Alex Alice
Prenez un scénariste prometteur (Xavier Dorison), ajoutez-lui un dessinateur et co-scénariste non moins talentueux, saupoudrez enfin d'une piquante trame mêlant Histoire, religion et ésotérisme, mélangez le tout et vous obtenez un des chefs-d'œuvre de la BD française de la dernière décennie (à mon sens bien entendu!).
Entre 1997 et 2003, ce sont ainsi quatre tomes qui sont sortis au compte goutte, avec une attente de plus en plus grande après chaque tome pour les fans. Car le premier tome, Marc ou le Réveil du lion, a vite été un phénomène dans le milieu: plébiscité par les lecteurs et surtout par la critique, cela a été un réel succès. L'engouement est tel que les séries de bandes dessinées sur le thème de l'histoire et de l'ésotérisme voient le jour, surfant sur la vague, dont au moins Le Triangle Secret (Didier Convard) et le Décalogue (Frank Giroud) qui ont tout deux connu un très grand succès également.
Couverture du tome 1: Marc ou le Réveil du lion
Les ingrédients du succès sont simples mais intelligemment mis en place. Les auteurs se sont extrêmement bien documenté et ont puisé leurs source au cœur même de la réalité historique, deux des personnages principaux étant sortis tout droit de l'Inquisition (Conrad de Marbourg et Le Comte de Sayn). Un manuscrit, celui d'Elisabeth d'Elsenor, a été à la base du projet et a donné crédit au réalisme des personnages. Mais c'est avant tout la religion chrétienne qui a fait l'objet de recherches approfondies de la part des auteurs et c'est leur interprétation qui vient enrichir le récit.
Couverture du tome 2: Matthieu ou le visage de l'ange
Autre point fort: la mise en situation du récit à un moment où l'histoire prend un tournant notamment pour les Templiers qui font également partie du casting. De l'aventure, un soupçon d'archéologie, un peu d'amour, une théatralisation et une mise en scène dignes de l'héroïc-fantasy, il ne manque à vrai dire que l'humour à ce récit, caractéristique qui se prêtait fort peu au sérieux de la trame. Je vous le dis en toute honnêteté: Conrad de Marbourg c'est un peu Sean Connery, le fameux troisième testament c'est presque le livre interdit du Nom de la Rose, et le cadre également celui de l'Inquisition tout comme dans le roman d'Umberto Eco. Connaissant le succès de ce roman et celui de l'adaptation cinématographique, il n'est pas étonnant que cette bande dessinée ait attiré autant.
A vrai dire, je vois peu d'imperfection à cette série qui s'assombrit au fil des tomes jusqu'à ce que le rideau tombe définitivement. Certaines planches sont tout simplement des chefs d'œuvre, notamment une planche en double page (premier tome) où l'on voit la cathédrale de Notre Dame en plongée vertigineuse. Et que dire des couvertures, premières et quatrièmes. Le contenu quant à lui aspire à la réflexion sur la chrétienté et apporte une nouvelle pièce au puzzle que constitue cette religion et ses mystères parfois dignes d'une sorte de théorie du complot, où l'on nous cacherait la réalité.
Couverture du tome 4: Jean ou le jour du corbeau
Si vous aimez donc le Moyen-Age, l'ésotérisme, la religion, l'aventure, Sean Connery les personnages forts, mystérieux et charismatiques, les énigmes et puis quand même si vous aimez les beaux dessins, les belles perspectives et vous plonger dans une atmosphère bien particulière, vous ne pourrez passer à côté du Troisième Testament. Et si vous l'avez déjà lu, peut-être pourrez vous encore vous y replonger avec plaisir... ce que pour ma part je ferai sans doute encore et encore , ne me lassant pas.
Site officiel de la série: Le Troisième Testament
Bonne journée à tous!
vendredi 20 juin 2008
"Maus: un survivant raconte" par Art Spiegelman
Quand j'ai eu droit à des infiltrations dans le dos au mois d'avril, j'avais pour obligation de rester couchée pendant au moins 48h (ou du moins d'être en "repos total"). Ce fut l'occasion pour moi de bouquiner un peu plus et cela tombait plutôt bien car j'avais pris beaucoup de retard dans la lecture des dernières bandes dessinées que collectionne mon mari!
Mon choix s'est arrêté sur Maus: un survivant raconte par Art Spiegelman. Cette édition en deux tomes, Mon père saigne l'histoire et Et c'est là que mes ennuis ont commencé, met en scène un père -juif polonais- faisant part de son propre vécu de l'holocauste à son fils qui se cherche à travers lui.
Si la forme est la bande dessinée à son état brut: dessin presque naïf, traits simples, monochromie, le fond est très dense et renvoie presque au roman ou à l'autobiographie plutôt qu'à la bande dessinée elle-même. Ceci explique peut-être pourquoi cette œuvre a été la seule bande dessinée à avoir jusqu'à présent reçu le Prix Pulitzer (en 1992). L'œuvre est empreinte de beaucoup d'ironie, de tendresse aussi par moments, mais elle est surtout d'une noirceur terrible car la survie du père entraîne paradoxalement son fils dans l'obscurité et la frustration. La description des événements menant à l'holocauste puis celui-ci sont décrits sans fard, de manière sobre et crue. Pour des raisons d'identification, les Juifs sont des souris ("Maus" en allemand), les Allemands des chats, les Américains des chiens...
Le plus dur à admettre à la lecture, c'est la "chance" inouïe du père Spiegelman d'avoir survécu alors que beaucoup autour de lui ont péri, alors qu'une fois sorti du camp de concentration, rien n'était terminé. La chance...? En fait, oui et non, car vous apprendrez en lisant l'histoire combien la particularité du caractère du père a aussi joué en sa faveur. Ce qui fait qu'à la fin de la dernière page, j'ai broyé du noir pendant quelques jours: comment à la place du père aurais-je pu survivre? Et de me projeter en me disant que jamais je n'aurais pu voir la victoire des Alliés à l'époque, tant il fallait avoir de la jugeote, être perspicace et avoir la bonne fortune de son côté...
Belle leçon de vie ou plutôt de survie donc, sans morale toutefois, car Art Spiegelman met en avant non seulement les qualités mais aussi les nombreux défauts du père et qui ont cependant été nécessaires à sa survie: dissimulation, paranoïa, égoïsme, radinerie... On ne peut qu'être touché par les personnages et la relation entre père et fils. Voilà deux hommes parmi tant d'autres qui ont réussi à survivre au pire, chacun à leur manière, pour nous transmettre aujourd'hui leur héritage, qui quelque part nous appartient aussi à tous.
C'est donc sans réserve que je vous encourage la lecture de Maus: plus qu'une BD, un livre d'histoire, un livre philosophique, une leçon sur l'humanité, à mettre entre toutes les mains pour "ne pas oublier".














