Bonjour à ceux qui suivent encore ce blog.

Un an s'est écoulé depuis mon dernier message (qui a bien fini par le rester) et il me semblait grand temps de venir donner des nouvelles et parler de l'avenir du blog...

Il me faut dire ô combien j'ai apprécié de lâcher prise sur ce blog. Tout comme j'ai lâché prise le réseau social Facebook. Tout comme je prends aussi de la distance avec Instagram (bienque ce média soit beaucoup plus simple à gérer).

Et puis heureusement car l'année a été mine de rien chargée: 3 voyages, des sorties, des tracas de santé, une panne photo importante, une formation pour mieux (re)connaître les papillons, des petits inventaires de la faune, un nouveau mode de vie entamé depuis début 2015 à améliorer et toujours les activités à la Ligue pour la Protection des Oiseaux. 2016 a été bien rempli et 2017 semble prendre la même direction mais d'une tout autre façon.

Explications en détail.

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Ci-dessus: voyage en Cantabrie (Nord de l'Espagne, côte Atlantique)

Ci-dessous: séjour à Séville

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La panne de trop

En guise de cadeau de Noël 2015 j'ai eu une belle panne de mon Reflex (EOS 70D), après même pas tout à fait 2 ans de service. Chaque photo était traversée par une zone surexposée et il n'y avait rien à faire pour l'empêcher. Le jour même de la panne j'observais pour la première fois un beau groupe de vanneaux huppés en vol. C'est plutôt rageant!

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On devine ci-dessus la bande surexposée, juste au-dessus des oiseaux (déc. 2015)

Ci-dessous, un vanneau huppé qui clôture plus positivement l'année (déc. 2016)

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Alors? J'achète un nouveau boîtier? Je laisse tomber la photo? Non parce que l'obsolescence programmée et le matériel de basse qualité ça va deux secondes... (je rappelle que ces 3 dernières années j'ai: un boîtier qui m'a lâchée, le regretté EOS 40D que je pleure toujours tellement il m'a donné de satisfaction, et 2 objectifs qui font des siennes, comme par hasard uniquement les zooms; les focales fixes elles, vieillissent un peu mais se portent encore bien).

La pilule a eu beaucoup de mal à passer. J'ai déposé finalement le boîtier chez un réparateur agréé et l'ai récupéré au bout d'un bon mois et demi. Régime sec donc pendant tout ce temps avec des occasions râtées mais pas vraiment de regret. Pour faciliter la prise de vue lors de randos ou de séjours courts j'ai du coup opté pour un bridge de bonne réputation (Lumix FZ1000) à la place de mon zoom grand angle de voyage. Il est pratique car léger mais me laisse parfois sur ma faim niveau naturalisme, ce qui le rend moins polyvalent que ce que je souhaitais au départ.

 

Un autre point de vue de la photo

C'est donc quand même pas la joie depuis et mon enthousiasme pour la photo fluctue entre des périodes où je gagatise devant les quelques photos sympas anciennes ou nouvelles que je ramène à la maison (de plus en plus rares parmi la tonne de "déchets" qu'il faut trier) et les séances type "j'aurais mieux fait de tout laisser à la maison et en plus ça me ferait bien moins mal aux vertèbres" (oui parce que le Tamron 150-600mm actuellement commence à doucement me bousiller les dernières vertèbres "libres" qu'il me reste et ça il n'en n'est pas question!) (note: si vous avez suivi mes problèmes de dos vous savez de quoi il retourne, pour les autres en gros j'ai toutes les vertèbres soudées du coccyx jusqu'à la troisième dorsale et seul le reste est libre, cervicales comprises)

Et puis la photo ça remplace malgré tout pas la vision directe. Ca permet de voir ce qui est difficile autrement certes (je pense essentiellement au monde du tout petit plus qu'à ce qui est loin), c'est un outil formidable pour déterminer une espèce mais ça ne traduit absolument pas l'expérience du vol d'un hibou grand duc d'Europe ou celui d'un beau groupe de pluviers dorés au-dessus de votre tête, juste vus avec les yeux, et ça ne relaie absolument pas les bruits et les odeurs d'un paysage ou d'un moment, le claquement des ailes, les cris, les chants, l'odeur de la résine ou de l'humus, le soleil, le vent et le sel qui vous piquent les yeux. Bref, parfois en fait, la photo vous coupe de l'expérience parce qu'on focalise trop sur "le trophée". Ce qui va totalement à l'encontre de tout ce que je pensais encore il y a peu. Elle apprend parfois à voir et désapprend en même temps à vivre un moment et à le mémoriser avec les seuls outils dont la nature nous a fait cadeau.

Actuellement je m'avoue un peu vaincue par la photo à distance (oiseaux) et l'affût n'est toujours pas à l'ordre du jour, je m'entête à faire de la photo en limitant l'accumulation de matériel (le matos est déjà lourd, si j'y ajoute un trépied je ne vais pas m'en sortir) mais il faut bien avouer que les limites physiques sont bel et bien là, à tous les niveaux. Reste donc la macro et l'année 2017 sera déterminante pour que je sache si j'ai toujours les aptitudes et la motivation pour me perfectionner dans ce domaine.

Chevêche d'Athéna en Camargue

Chevêche d'Athéna en Camargue, mai 2016

 

La publication photographique en masse

Enfin, je réfléchis depuis des lustres, et plus encore dernièrement, sur la publication photo. Si à mes débuts je souhaitais communiquer la beauté des paysages, des cultures, des moments nature et des insectes croisés au hasard, aujourd'hui c'est quelque chose que beaucoup de gens font et très bien d'ailleurs! Le niveau de photographie a nettement augmenté grâce à un matériel numérique qui reste abordable dans l'ensemble et de ce fait les images de toute beauté et des quatre coins du monde inondent tous les médias. En fait il s'agit d'un tsunami d'images auquel j'apporte comme tout autre mon flot, à tort ou à raison! Et les trois quarts du temps, franchement à tort...

On en fait trop.

Un bel oiseau. Un paysage de rêve. Une lumière flatteuse. C'est tout. Où est le sens?

A côté (ou derrière) tout un monde se meurt. Et puis il y a aussi des profiteurs pour qui la fin justifie les moyens, en photo aussi: végétation piétinée ou coupée, oiseaux nicheurs dérangés, insectes ou batraciens (parfois tués) mis en scène (je vous invite à lire tout ce dossier par Nat'images disponible gratuitement en ligne). C'est aussi valable pour toutes les activités dites "nature". Aujourd'hui on "consomme" la nature, plus que jamais. Et comme souvent sans aucun respect. En braillant, en tuant, en écrasant, en salissant, en exploitant, en polluant... J'ai une gêne immense à me promener le dimanche dans des paysages surfréquentés quand il y a moins de 10 ans on ne trouvait encore personne. Je ne suis même pas convaincue que ce soit pour le mieux, parce que la plupart des visiteurs sont n'ont aucune connaissance de la nature et ne cherchent pas à voir plus loin que le bout de leur nez, ramènent leur civilisation avec eux au beau milieu de sites tranquilles et préservés tout en se disant que de toute façon, ils peuvent bien y laisser leurs saletés: ils pourront toujours aller voir ailleurs, ou que quelqu'un ramassera.

Et puis j'observe avec un certain dégoût l'évolution de la photo (mais pas seulement) par l'emploi des fameux drônes: même les plus "écolos" y succombent. On est déjà passé au numérique il y a une dizaine d'années il faut maintenant encore pousser la chose plus loin, comme si plus aucun carré de la planète ne devait rester libre de tout catalogage et voyeurisme... La photo démocratisée pour le grand public c'est ça aujourd'hui!

Il n'y a plus de sens, il n'y a qu'un seul message réducteur: c'est beau / c'est moche (ou pire "je m'en fiche"). Et une accumulation de clichés. Aussitôt regardé, consommé, aussitôt oublié.

Où dans l'image raconte-t-on que telle espèce est menacée? Que la biodiversité s'effondre? Que cet insecte que je trouvais facilement il y a 10 ans dans ma campagne est devenu aujourd'hui anecdotique? Que les bas-côtés des routes ont été inondés de Roundup pour désherber (parce que vous comprenez, des bas-côtés cramés, d'herbe désséchée et révélant déchets et crottes de chien c'est bien plus joli que des herbes folles même si elles poussent pourtant pas forcément bien haut). Que nos paysages sont jonchés de déchets à chaque sentier à tel point que j'envisage de sortir avec un cabas et faire des sessions de ramassage? Que le hibou qu'on surveille en se faisant discret meurt loin des yeux, électrocuté sur nos lignes électriques ou que la nature est partout adorée mais mise en cage ou sous cloche, réduite à finir vivante ou morte dans une collection quelconque (aquarium, terrarium, vivarium, serre, herbier, que sais-je...) pour le plaisir ou pour la science? Que nous sommes tous fautifs, ou complices, et que des solutions existent pourtant au niveau individuel et collectif, bref que cette beauté n'a pas d'avenir si on ne fait pas en sorte de la préserver et de vivre différemment?

Alors faut-il communiquer? Joindre du texte aux photos pour expliquer les enjeux? Raconter autre chose: le beau et le laid? L'illusion et la réalité? Et puis est-ce que déjà quelqu'un va lire (pour oublier aussi sec dans un déni total?) Est-ce que ça peut avoir un impact et engendrer un changement? Est-ce que c'est de l'énergie et du temps gâché pouvant être mis à profit ailleurs? Le point de non-retour a-t-il été franchi? Faire partie d'une association suffit-il?

Pas évident de trouver une réponse toute faite et les supports adaptés dans un monde où la masse prime de plus en plus sur l'individu et où on consomme les images comme on consomme un verre de soda. Ou un café. Ou...

Alors pendant ce temps le blog reste aux arrêts et le restera probablement indéfiniment avec une supression totale des données à venir.

A force de réflexion tous ces derniers mois j'en suis venue à une vérité simple et implacable: je ne peux pas sauver la nature, ni sensibiliser par mes photos si ça n'a pas d'impact sur nos actions, ni à moi toute seule ni en groupe. Il faudrait à ce stade plusieurs millions de personnes (voire le milliard?) pour qu'il y ait un impact positif, et surtout il faudrait simplement moins de monde sur une planète dont on ne peut repousser les murs.

En parallèle, j'agis donc individuellement et autrement tout en désespérant que les photos nature ne servent pas une juste cause, utilisées trop souvent comme émulation des égos et course à la performance.

Cette prise de conscience amène ailleurs... Sur la poursuite d'activités bénévoles au sein de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) par exemple, des actions essentiellement de connaissance des espèces et parfois de l'état des populations et puis le choix d'un mode de vie différent, entre zéro-déchet (zero waste), minimalisme et achats les plus éthiques et durables possible.

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Préparation des enquêtes rapaces nocturnes et formation papillon, transport de la faune sauvage en relais de soin (dont le petit renardeau sur la photo).

 

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De gauche à droite et de haut en bas:

formation papillons de jour - thècle de l'orme - aglaope des haies émergée en captivité et relâchée sur son lieu de collecte

 

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De gauche à droite et de haut en bas: rémiz penduline, chevalier aboyeur, bécasseaux minute

(Participation aux comptages des oiseaux des salins d'Hyères)

 

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J'avais entrepris de décortiquer toute cette partie et cela m'a pris des heures, mais cela n'intéressera que peu d'entre vous, je n'ai donc plus à coeur de partager mon texte que j'ai effacé. Il faudra juste retenir que je simplifie ma vie de sorte à être le plus connectée possible à la nature notamment en étant dans la cambrousse.

Voici tout de même quelques nouvelles de mes petits protégés: notre couple d'hirondelles de fenêtres n'a fait qu'une nichée cette année, je pense de 5 petits (dont quelques coquilles ci-contre). La nichée était déjà un peu tardive, ou pour d'autres raisons il n'y a pas pu y avoir plus de jeunes mais je sais que d'autres nids dans le vlllage ont eu cette chance. Espérons que le nid tienne encore bon car il est assez vieux, et que notre petit couple revienne sain et sauf le printemps prochain. Nous avons eu le plaisir d'être témoins de beaux rassemblements en septembre au-dessus du village de plus d'une centaine d'individus: c'est la première fois que j'en voyais autant!

"Nos" bergeronnettes des ruisseaux quant à elles, sont revenues nicher aussi, toujours dans les murs de la mini-cour derrière chez moi (inaccessible sauf pour ses propriétaires qui n'y vont quasiment jamais) et comme l'an dernier, 2 nichées ont eu lieu à des emplacements différents. J'ai un peu moins photographié pour ne pas leur porter préjudice et jamais au nid -qui au demeurant était super bien caché- mais j'ai suivi ça avec autant d'attention que me le permettaient yeux et jumelles, j'ai aussi pu les filmer discrètement.

 

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Bergeronnette des ruisseaux - un des jeunes à l'envol de cette année

 

Enfin, la conclusion est là: 2016 s'en est allé et le blog s'en va avec.

En attendant que je me décide un jour sans prévenir à cesser toute publication partout, quelques unes de mes photos font encore leur chemin sur Instagram (pseudo sentiersdimages) et sur FLICKR dont je vais probablement garder un seul compte qui me servira essentiellement de galerie de stockage à communiquer par exemple aux proches (globalement accessible au public). Mais j'y réfléchis encore...

Merci à tous ceux qui ont suivi mes vadrouilles et mes petits et grands tracas depuis le début, ceux qui ont pris les choses en cours de route, ceux qui ont laissé des commentaires, qui se sont émerveillés quelques secondes, qui se sont posés des questions aussi, qui ont donné leur avis et qui ont surtout donné de leur temps pour faire un petit tour ici et se servir de ce dont ils avaient besoin, enfin, à ceux qui ont tenté d'établir un lien, une relation avec moi que je n'ai pas entretenue, excusez-moi si cela vous a blessé et ne m'en tenez pas rigueur.

Il me reste à souhaiter à tous une bonne continuation et une excellente année.

 

Estelle Spaeth

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